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19/06/2013

Joseph Blatter n'est pas un idiot

Joseph Blatter n'est pas un idiot. Donc c'est un cynique. Car pour affirmer, sans rire, comme il vient de le faire au Brésil, qu'embrasent depuis plusieurs jours des milliers de personnes menacées par la pauvreté ou s'y débattant déjà jusqu'au cou, que "le football est plus fort que l'insatisfaction des gens", il faut être l'un ou l'autre. Et comme M. Blatter n'est pas idiot...
 
Les manifestations sociales historiques qui secouent le pays ne seraient donc aux yeux du président de la Fifa qu'une sorte d'épiphénomène sans grand intérêt. On croirait entendre Tayyip Erdogan parler de la foule qui a envahi des jours durant la place Taksim et d'autres lieux de Turquie pour faire savoir au pouvoir qu'elle n'en pouvait plus de son intolérance. C'est le même mépris pour le vaste peuple des agressés, celui qui vit la crise économique ou les rigueurs du pouvoir jusque dans sa chair.
 
Il n'est évidemment jamais arrivé à M. Blatter de monter dans un bus à Rio et de payer son ticket de plus en plus cher, il n'est évidemment jamais arrivé à M. Blatter de retrouver, la nuit venue, une maison de planches et de parpaing dans une favella livrée à la misère et à la violence.  
 
 
Selon M. Blatter, les manifestants "se servent de la vitrine du football et de la présence de la presse internationale (pour la coupe des Fédérations) pour faire "certaines réclamations". Il ne lui est jamais venu à l'idée que ces "certaines réclamations" ont peut-être quelque chose à voir avec le prix à payer par la population pour que le Brésil accueille la coupe du monde de football.
 
Certes, "Sepp" Blatter a raison de dire que c'est le Brésil qui s'est porté candidat pour organiser le tournoi et que ce n'est pas la Fifa qui le lui a imposé. Mais comment accepter que les dirigeants du football professionnel continuent systématiquement à botter en touche quand éclatent au grand jour des problèmes qui sont étroitement liés à son existence? La violence autour des stades? Un phénomène de société qui n'a rien à voir avec le ballon rond. Sauf que cette violence n'existe pas au rugby, au hockey sur gazon ou au handball. Les manifestations à Rio? Une péripétie à laquelle le foot est totalement étranger....
 
C'est un peu court. Certes, les difficultés économiques rencontrées par le Brésil, le ralentissement de sa croissance ont d'autres causes que l'organisation de la coupe du monde ou des Jeux olympiques de Rio en 2016. Mais les coûts entraînés par la mise sur pied de ces événements cristalisent l'exaspération des gens pour qui M. Blatter serait bien inspiré d'avoir plus de considération et de respect. 
 
Qu'a-t-il à répondre à Diana, cette manifestante qui disait l'autre soir à la télévision: "Je suis ici pour montrer que le Brésil n'est pas seulement le pays du football et de la fête. Ici, nous avons d'autres préoccupations, comme le manque d'investissements dans des domaines réellement importants comme la santé et l'éducation"?
 
Que le Brésil profitera de la construction des hôtels, des aéroports et des routes rendue nécessaire par la tenue du tournoi? Mais profiter à qui? A quelques centaines d'entrepreneurs, quelques milliers d'ouvriers sans doute mais surtout à quelques dizaines de pontes comme lui, habitués des premières classes et des cinq étoiles.  
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AFP Eua 18/06/2013 18:43 "Le football, plus fort que l'insatisfaction des gens" (Blatter)

16:12 Publié dans Football | Lien permanent | Commentaires (0)

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